|
[ Quelques articles écrits soit dans le Quotidien de Paris (80%), soit sur le système Missive de France Câbles et Radio , entre 1991 et 1996. Notez que le protocole de courrier électronique de l'époque n'acceptait pas les accents (NOTE: ils ont été reaccentués par l'IA de Deep Seek en juin 2026). Ils sont livrés ici tels quels, sans SR et certains sans accents, à titre de documents historiques, et aussi pour retrouver l'ambiance des années 90 ]
TRAGEDIE DANS LE JEU D'ECHECS:
KASPAROV ET NICOLIC SE FONT ETALER PAR LE GENIUS-2
Une page vient d'être tournée dans la fabuleuse histoire des Échecs, la seule qui ait réussi à unir à travers les siècles mathématiciens et poètes, informaticiens et philosophes, monarques et manants autour des 64 cases blanches et noires.
Depuis plus de 15 ans, les Grands Maîtres regardaient leurs opposants épisodiques digitaux comme des caisses enregistreuses d'un supermarché, avec le plus grand mépris. Karpov et Kasparov, ennemis légendaires, avaient toutefois coutume de dire que jamais un programme n'arriverait à battre un Grand Maître International.
Depuis jeudi pourtant, Alexandre Alekhine – qui possède une superbe sépulture en forme d'échiquier au cimetière Montparnasse – a dû se retourner dans sa tombe parisienne car à Londres, Kasparov s'est fait étaler comme un débutant deux fois de suite par le Chess Genius-2, un programme à 1500 FF qui tire profit du processeur sur lequel il tourne – un Pentium – et qui analyse plus de 100 000 POSSIBILITÉS PAR SECONDE !! Dans les finales, il paraît-il à… 200 000 !!!
Selon les agences de presse anglaises, Kasparov, blême, s'est levé et a quitté l'estrade, fou de rage d'avoir été humilié par un ordinateur, de perdre les 150 000 dollars (environ 900 000 FF) de prix et d'être éliminé du tournoi Intel.
C'est la première fois dans l'histoire des Échecs qu'un champion du monde se fait battre officiellement par un logiciel, ce qui me semble être une date symbolique. Pire, le Chess-Genius a continué son massacre et samedi ce fut le tour du Grand Maître Predrag Nikolic de prendre un cours d'échecs contre la montre.
L'ordinateur a déjà gagné plus de 100 000 FF de prix en éliminant ses adversaires illustres les uns après les autres…
Le prochain opposant du programme sera sans aucun doute Viktor Korchnoi.
Désormais, l'intelligence pure et la poésie des mouvements offensifs (cf. les matchs Spassky-Fischer à Reykjavik) qui n'appartenaient qu'à l'homme appartiennent aussi à l'ordinateur. L'idée que de futurs génies de la pointure des Fischer, Capablanca, Tal, Short ou Tartakover ne puissent même plus s'exprimer sur un échiquier me désole au plus haut point.
Selon les spécialistes, le Chess Genius ne "joue pas terrible" mais il ne commet pas d'erreurs !!! Or, cela témoigne bien d'un raisonnement quelque peu jaloux car aux Échecs, il n'importe pas de bien jouer, mais de gagner.
Et on retrouve ainsi une vieille dispute philosophique :
le génie créatif est-il supérieur à la logique mathématique
ou
le génie n'est-il qu'une forme sublimée de la logique ???
Du coup, j'ai bu une vodka à la santé de Kasparov et de Nikolic, et à travers eux, à tous les hommes et femmes, dont le travail a été, est, ou sera, remplacé par une machine dite "intelligente".
Fascinante nouvelle, néanmoins.
Pierre Jovanovic
MON ROYAUME POUR UN CHEVAL DIGITAL
À la suite de l'article sur le match Kasparov-Genius 2, nous avons reçu plusieurs réflexions intéressantes sur le thème "le génie créatif est-il supérieur à la logique mathématique" ou "le génie n'est-il qu'une forme sublimée de la logique ???" et le fait que la machine arrive même à battre l'homme aux Échecs. Voici donc quelques réflexions de certains de nos abonnés :
De Monsieur Truyen Levan :
C'est assez grave votre conclusion dans cet article : la machine n'est pas géniale mais elle ne fait pas l'erreur. Or, vous savez mieux que moi que ce qui coûte cher dans tous les processus de fabrication industrielles ou non sont des erreurs humaines. Si l'informatique pouvait remplacer les hommes aujourd'hui, donc tuer l'emploi, c'est à cause de cette qualité des programmes d'ordinateur. Et si l'emploi n'est pas complètement anéanti, c'est parce que l'on ne croit pas absolument au logiciel. Votre conclusion me fait réfléchir : on parviendra lentement mais sûrement à une situation SOCIÉTÉ SANS EMPLOI de demain (pas forcément société plaisir).
De Monsieur Christian Manueco :
Les informaticiens se sont intéressés au noble jeu pour valider les concepts de l'IA et ils nous promettaient un combat de titans entre cerveau électronique et cerveau humain. Ce combat a toujours jusqu'ici été sanctionné par la victoire de l'homme sur la machine : les programmes qui essayaient de mimer la réflexion stratégique (cf les travaux de Botvinnik et consorts) ont toujours eu de très mauvais résultats.
Que les programmes utilisant la force brute arrivent à jouer mieux que leurs confrères cybernétiques voire même que les joueurs humains, cela ne représente qu'un intérêt très limité. Faire une course entre une voiture et un homme était sans doute passionnant "amusant" quand les voitures étaient ce qu'elles étaient. Aujourd'hui l'intérêt n'en est que très limité, nul.
Donc, les programmeurs qui n'ont pas su dissimuler leur incapacité à battre les joueurs en chair et en os se sont cachés derrière le Hardware et les techniques les plus anciennes (Hash tables, beta pruning, killer moves etc.) pour prendre une bien pauvre revanche. L'IA n'a pas gagné, le Hard y est arrivé. J'aurais pourtant préféré que ce soit l'inverse.
Que KASPAROV se soit mis en colère, cela prouve simplement qu'il ne lit pas assez les journaux sur les progrès de l'informatique. A+
De Monsieur Michel Sicco :
Il manque 2 éléments importants dans l'article sur les échecs (ordinateur contre GMI) :
1- il s'agissait de parties semi-rapides (qui avantagent énormément l'ordinateur). Le championnat du monde se joue sur une durée de partie bien plus importante.
2- le GMI indien ANAND a battu le programme informatique sur le score sans appel de 2-0. Cela dit l'article pose bien le vrai problème : l'ordinateur ne fait pas de GROSSES erreurs alors que même les génies des échecs en font régulièrement, en particulier sur une partie semi-rapide !
De Monsieur Pighini :
Je ne sais pas répondre à la question "le génie n'est-il qu'une forme sublimée de la logique" mais j'aurais tendance à renverser la question : la logique est-elle une voie d'accès au "génie" (à une forme d'intelligence).
Ce que je constate c'est que l'ordinateur n'est pas capable de se produire lui-même, l'Homme est toujours le grand Ordonnateur. Je commencerais à me poser de sérieuses questions lorsque l'ordinateur sera capable de résoudre les "énigmes" mathématiques ou scientifiques du type théorème de FERMAT ou création de l'Univers (particulièrement avant !!) Amicalement.
La très pertinente réflexion de Monsieur Frédéric Plan :
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'article sur la défaite de Kasparov… En tant que réalisateur de -petits, tout petits- programmes, je suis très heureux quand j'arrive à en faire tourner un sans qu'il se plante, ou ne sorte un message d'erreur du genre : "Erreur XXX ligne 228", accompagné d'un désolant "BIP BIP…" En tant qu'ancien -petit, tout petit- joueur d'échecs (classement maxi : 1745), je suis consterné de voir qu'un champion du monde se fasse ainsi étaler… Les grands maîtres internationaux prenaient jusqu'alors un malin plaisir à s'entraîner contre des ordinateurs, à les tester pour la presse, à les battre…
Mais c'est l'évolution logique…
Le programme d'échecs n'a pas de problème de (dé)concentration, n'est pas encore perturbé par la position d'un cendrier sur la table (fumeurs s'abstenir) ou par la couleur des tentures décorant la salle, encore que ces "détails" sont normalement réglés avant la compétition… Il n'est pas non plus quelque part, dans un de ses circuits, préoccupé par l'avenir de son pays d'origine, en proie à des déchirements politiques, bref, il n'a rien de ce qui fait les qualités et les faiblesses d'un être humain…
Certes, des gens bien intentionnés ont dû lui inculquer (en plus des règles élémentaires !) les évolutions de partie liées aux sacrifices de pièces (on ne va tout de même pas parler de "notions de sacrifices !"), mais je serais désireux de savoir comment les lignes d'un programme, ou les circuits d'un ordinateur intègrent cette notion de sacrifice, dilemme bien humain s'il en est un…
Avez-vous déjà essayé de jouer une partie en aveugle ??
Vous faites la partie, sans échiquier, juste de mémoire. Au départ, c'est simple, puisque les débuts de partie sont plutôt théoriques… On suit relativement bien. Ensuite, avec la multiplication des mouvements, et les prises de pièces successives, vous ne savez plus trop où vous avez aventuré vos cavaliers, et surtout, les pièces adverses qu'ils menacent… C'est complètement différent que de refaire une partie en analysant des coups déjà joués, où on a cogité un quart d'heure avant de bouger une pièce…, et où on se dit après coup : "j'aurais pas dû faire cet échange de fous en C7". Une partie en aveugle, c'est beaucoup plus démoniaque… Et peu de joueurs sont capables de finir (je ne parle même pas de gagner, puisqu'il faut être deux…). Ça fait appel avant tout à la mémoire… (…)
L'ordinateur, lui, grâce à une mémoire presque illimitée, peut, par un système de récurrence, stocker les différentes évolutions d'une partie, et évaluer le matériel en fin de chaque variante… pour ne finalement retenir que la plus avantageuse… Stockage d'informations…
Depuis l'apparition des premiers programmes d'échecs, l'issue de ce combat homme-ordinateur était inéluctable, à plus ou moins longue échéance… Je ne crois pas que ce soit une question d'intelligence, mais plutôt de taille de mémoire, et de stockage des données… Et là, il n'y a pas photo… (dans la rubrique : test de reprise entre un V12 en ligne et une 2-chevaux…)
Pour ma part, je n'ai pas attendu l'arrivée de GENIUS-2 pour perdre la face… Mon premier jeu d'échecs électronique s'en est chargé depuis bien longtemps…
Mais une chose manque encore : l'expression du regard de l'ordinateur quand il joue un coup décisif, cette expression de triomphe, de soulagement, de domination mêlés…
Merci à Tous
Pierre
JOVANOVIC
|
|
SPIRITUALITE et INFORMATIQUE (cliquez les titres):
SUJETS DE SOCIETE (cliquez les titres):
CIA - DGSE - KGB (cliquez les titres):
INTERNET et RESEAUX (cliquez les titres)::
IBM PC & THINKPADs (cliquez les titres):
CINEMA - ARTS (cliquez les titres):
LAS VEGAS (cliquez les titres):
|