Date : AVRIL 1991
OSCARS: UNE SOIREE MIEVRE
Hormis une courte apparition remarquee de Fellini, la 65e ceremonie des Oscars a parfaitement traduit par son ennui la plus grave crise d'imagination que traverse la capitale du cinema.
DE NOTRE CORRESPONDANT A LOS ANGELES PIERRE JOVANOVIC
Que peut-on retenir de cette 65e cérémonie des Oscars ? Clint Eastwood, Indochine et Federico Fellini ? Pas du tout. Leurs apparitions n'ont guère duré plus de quinze minutes. Et quinze minutes dans une cérémonie qui dure presque quatre heures, c'est peu. En fait, ce qui reste du "glitz", des projecteurs, des smokings et des robes de grands (?) couturiers, c'est le grotesque de certains intermèdes de la cérémonie et surtout l'absolue insipidité des récipiendaires au point que l'animateur en arriva parfois à les attaquer avec des piques particulièrement acérées. On retiendra par exemple le grotesque de Liza Minnelli réussissant à chanter son play-back en décalé… forçant la régie à supprimer en catastrophe tous les "gros plans" sur les écrans géants intérieurs et à ne diffuser que des plans généraux. Ses lèvres n'étaient pas synchronisées avec sa propre chanson. Ridicule garanti. Le grotesque de Plácido Domingo aussi, interprétant "Beautiful Maria of my soul" (chanson du film "The Mambo Kings"), donnant vraiment le sentiment d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, lorsqu'on connaît la version originale. Dans le genre contre-emploi, même Mick Jagger s'en serait mieux sorti dans le Barbier de Séville. Pas grave, c'est Hollywood. Néanmoins, on retiendra aussi la grossièreté du présentateur qui, annonçant l'arrivée de Sharon Stone (vedette de "Basic Instinct"), se demanda à voix haute – et un peu salace – si elle portait des dessous, sous-entendu, pardon, en sous-titre, "a-t-elle une culotte ?". Le ridicule de Diane Keaton, affublée d'un béret blanc enfoncé jusqu'aux oreilles comme un passe-montagne, se lançant dans des explications confuses et incompréhensibles sur la nécessité de l'amour ; celui de Richard Gere demandant la liberté pour les Tibétains ; ou encore celui de l'équipe du meilleur documentaire ("Panama Deception") mobilisant l'écran pendant cinq minutes pour dénoncer la politique panaméenne. Et, outre le ridicule, on devait aussi se battre contre l'ennui.
Soporifiques, fastidieux et insipides étaient les défilés sans fin des lauréats qui, à quelques très rares exceptions près comme Federico Fellini ou Emma Thompson, n'avaient strictement rien à dire, ne serait-ce que juste un mot drôle. Rien. Alors, lorsque vous suivez ces Oscars et, hélas, que vous comprenez l'américain, vous ne retenez que la formule suivante (toutes les dix minutes) : "Merci à ma famille, à Eleonore ma femme, à John, à mon papa, à ma maman, l'équipe qui a travaillé avec moi, mes grands-parents, Bobby qui m'a toujours encouragé et bien sûr mes enfants". Il ne manquaient que les noms du chien et ceux de leurs voisins de palier les plus proches, qui, personne n'en doute, ont dû eux aussi contribuer à leur travail. Faut-il le souligner, les sentiments à bon marché dégoulinaient de la scène autant que l'hypocrisie. Plus d'une dizaine de vainqueurs s'étouffèrent presque d'émotion, la larme à l'œil, avant de souffler dans le micro d'une voix reconnaissante "je suis très ému" (ou "très surpris" ou "je ne m'y attendais pas") et, aussitôt, sortaient avec une dextérité de magicien un papier de leur poche contenant leur discours tout prêt. Non, de toute évidence, ils ne s'y attendaient absolument pas. Une vraie surprise.
Lorsque Al Pacino fut appelé pour l'Oscar du meilleur acteur, la salle espérait un couplet charmeur et drôle à la hauteur des personnages qu'il interprète dans les films. Contre toute attente, on eut droit à un numéro de simplet narcisse : "Je remercie Bob Goldman, Donald, l'équipe du film, Don August, mon ami Louis, l'association des aveugles et je voudrais dire que je suis très chanceux, très chanceux parce qu'on m'a toujours encouragé, etc., et maintenant je donne l'espoir aux autres". Ce qui fait toujours penser à cette réflexion de Ridley Scott : "il ne faut pas croire que les acteurs sont aussi intelligents qu'ils en ont l'air dans les personnages qu'ils interprètent".
Avec Clint Eastwood, on a touché le fond. Lui, le cow-boy intrépide qui tire presque aussi vite que son ombre, le pilote de chasse aux réflexions cyniques ou l'inspecteur de police à l'humour noir n'a même pas su prononcer une phrase intelligente : "Je remercie X, Y, Z, chose, truc, oui, on m'a dit que Unforgiven sera un succès, merci à machin et surtout merci à la femme la plus extraordinaire du monde, maman". Gros plan sur le visage d'une vieille dame. Adieu, pilote de chasse, cow-boy méchant et livreur de lait musclé. Clint n'est pas Eastwood. C'est le fifils à sa maman. Dur, les clichés qui tombent. Même l'apparition d'un ange à la beauté sublime, à l'élégance toute européenne et à la voix crissant comme un papier de soie que l'on froisse, à savoir la réalisatrice du Silence des Agneaux, Jodie Foster, n'a pu effacer par sa magie ces quatre heures d'ennui. Tout bien réfléchi, à côté des Oscars de Hollywood, les Césars apparaissent vraiment comme une cérémonie pétillante, pleine de vie et d'humour. Qui l'eût cru ?
Pierre Jovanovic
PS: je remercie la redaction technique, les compositeurs du Quotidien de Paris, Kimberley Roth, Armelle Heliot et Jean-Michel Saint-Ouen pour leurs encouragements
LES CACHETS DES ACTEURS DE HOLLYWOOD (PAR FILM)
1) Arnold Schwarzenneger: 90 millions de Francs
2) Tom Cruise: 75 millions de FF
3) Kevin Coster: 72 millions de FF
4) Eddie Murphy: 72 millions de FF
5) Jack Nickolson: 66 millions de FF
6) Mel Gibson: 60 millions de FF
7) Michael Douglas: 60 millions de FF
8) Harrisson Ford: 54 millions de FF
9) Dustin Hoffman: 42 millions de FF
10) Sylvester Stallone: 36 millions de FF
11) Barbara Streisand: 36 millions de FF
12) Warren Beatty: 30 millions de FF
13) Sean Connery: 30 millions de FF
14) Julia Roberts: 30 millions de FF
15) Robert Redford: 24 millions de FF
16) Al Pacino: 18 millions de FF
17) Meryl Streep: 18 millions de FF
18) Demi Moore: 12 millions de FF