chirurgie
sexuelle.
DE
NOTRE CORRESPONDANT AUX ETATS UNIS PIERRE JOVANOVIC
Howard Stern. L'animateur radio le plus célèbre des États-Unis. La voix de l'Amérique. Par lui passent toutes les obsessions et fantasmes des Américains. Au menu sur les ondes : vulgarité et méchanceté avec un sujet principal, le sexe. À côté de lui, Christophe de Chavannes apparaît aussi distingué et poli qu'un Lord britannique prenant son thé dans un club privé londonien. Howard Stern donc a tout pour être heureux. Ses shows télévisés battent des records d'audience, ses émissions radio sont écoutées de la côte Est à la côte Ouest et sa biographie se vend à des millions d'exemplaires. Pourtant, Howard Stern, l'homme au gros nez et à la stature imposante (presque 2 mètres) est malheureux et il l'avoue chaque matin à des millions d'Américains lorsqu'ils prennent leur petit déjeuner : « je pourrais être très heureux si je n'avais pas une petite b... ».
Eh oui, la stature et la taille du nez, comme les habits, ne font pas le moine. Voici quelques semaines, il s'en plaignait encore dans les colonnes du magazine « Rolling Stone ». C'est sa manière de se débarrasser de ce problème psychologique. L'avouer à l'Amérique entière, pour que tout le monde le sache. Sa thérapie publique fait des émules. La star rock Trent Reznor, compositeur de génie du groupe « Nine Inch Nails » se lamentait la semaine dernière dans une interview avec le Los Angeles Times : « Rien ne va plus, une nana m'a fait un procès en paternité, je ne me sens pas en forme, mes copains m'ont lâché et j'ai une petite b... ». Le sens de la compassion du lecteur se réveille. Il peut l'aider pendant le procès, à se faire de nouvelles relations et lui donner de la vitamine C. Pour le dernier point en revanche, c'est difficile.
« Vous savez, comme urologue, je connais des milliers de patients dont la vie a été brisée à cause de la taille de leur sexe », explique le Dr Melvyn Rosenstein. « Au collège, ils n'osaient pas aller aux douches, ils n'osaient pas s'inscrire dans un club de sport et lorsqu'ils se retrouvent nus devant une fille, au premier regard étonné, ils se sentent humiliés, etc. Avoir un petit pénis constitue un problème psychologique terrible dont personne n'ose vraiment parler. C'est le dernier tabou. Et pour celui qui le vit, c'est terrible, il se sent, comment dire, minable, petit, inférieur ».
Effectivement, la taille de la virilité masculine a toujours été un sujet délicatement abordé. Ainsi, dans la série « Shogun », James Clavell mettait en scène l'arrivée sur les côtes du Japon du premier navigateur néerlandais. Épuisé, sale, assoiffé, il s'écroule sur la plage. Recueilli par les habitantes, il est déshabillé pour être lavé. Et voyant le « barbare » tout nu, une vieille Japonaise dit : « maintenant, je peux mourir l'âme en paix » ! Jules César de son côté avait tendance à choisir ses officiers en fonction de leur nez puisque la taille de l'appendice nasal était censée avoir un rapport proportionnel direct avec l'appendice viril et l'écrivain finnois Mika Waltari racontait dans son « Sinhoué l'Égyptien » comment la reine mère d'Égypte « aimait à se divertir avec ses noirs ». À quoi Coluche répliquait : « ce n'est pas ceux qui ont les plus grandes oreilles qui entendent le mieux ». Pas si vite. Le rôle de la taille d'un pénis est quand même important dans l'érotisme et il va de soi qu'avec un sexe variant entre 6 et 7 centimètres en érection, son possesseur ne peut guère aller, si j'ose dire, très loin.
Selon les innombrables études menées par des sexologues de part et d'autre de l'Atlantique, la taille suffisante pour vivre des relations sexuelles satisfaisantes est de 10 centimètres. En dessous, l'homme est confronté à des échecs et à des affections psychologiques inévitables qui se traduisent soit par des détournements, type collectionneur de sabres, d'épées ou de couteaux, soit par des compensations diverses et variées, la plus fréquente étant la grosse moto. Et même si la plupart des hommes ne se prennent pas la tête avec la taille de leur sexe, pour 20 % d'entre eux en revanche, il s'agit d'un drame bien plus grave que celui des femmes dont la poitrine est aussi plate qu'une planche à repasser. Mais si la femme, elle, a recours à d'innombrables artifices pour séduire (maquillage, coiffure, lingerie, silicone, liposuccion et chirurgie esthétique), l'homme, une fois nu, se sent désespérément ridicule si sa « flamme » n'est pas à la hauteur, pardon, à la taille, de son amour.
Or justement, depuis environ six mois, la quasi-totalité des quotidiens américains a vu fleurir dans leurs pages « sports » ou « économie » (sic) des publicités discrètes avec la mention « For men only. Penile enlargement. Yes, It's possible, Dreams come true », à côté d'un article sur le déficit américain ! Que les quotidiens américains, en général très prudes, acceptent ce type de réclame constitue en soi un sujet d'étonnement. Mais que les télévisions les reprennent ouvertement, c'est encore plus étonnant ! Interrogé, le directeur de ce centre de « penile enlargement » a expliqué au Quotidien que son standard recevait 2 500 appels par jour. C'est dire si le problème est réel. En fait, il s'ajoute aux 37 % d'Américains qui souffrent d'éjaculation précoce, aux 5 % qui n'ont pas d'éjaculation, aux 7 % d'impotents et aux 16 % qui ont des problèmes d'érection, ce qui permet de conclure que 60 % des Américains ont un problème sexuel grave. Néanmoins, une chose est sûre, désormais les « petits » peuvent modifier la circonférence ET la taille de leur pénis.
La modification de la circonférence a été lancée en 1991 par le Dr Ricardo Samitier de Miami, un chirurgien esthétique qui, lassé de gonfler les lèvres de ses richissimes clientes (pour avoir des lèvres sensuelles), a transposé sa méthode « Circumferential Autologus » aux pénis. « Mais je ne peux rien faire pour la longueur », avait-il avoué. Le Dr Rosenstein, lui, a révolutionné la procédure. Urologue, il passe sa carrière à soigner les zizis, des enfants aux vieillards et des impotents aux accidentés. Sa spécialité : les micro-pénis et les implants pour impotents. Fort de cette expérience de vingt ans, il s'est attaqué à la chirurgie esthétique de ce que l'homme possède de plus précieux, son sexe.
UNE OPÉRATION À SEXE OUVERT
Le Dr Melvyn Rosenstein opère à deux pas du building de Sony Studios à Los Angeles. « J'ai opéré des vedettes de cinéma et des inconnus, de 18 à 78 ans », m'explique-t-il à côté de la table d'opération sur laquelle gît un homme d'une cinquantaine d'années, les jambes élevées, comme s'il allait accoucher. Son corps et ses jambes sont recouverts de draps bleus, à l'exception de son entrejambe et de son ventre. Son sexe pend lamentablement entre ses cuisses grasses. Une anesthésiste et une infirmière vérifient d'un œil machinal l'électronique qui surveille son pouls. Le docteur Rosenstein enfile ses gants et son masque et s'empare d'un scalpel. D'un coup précis, il ouvre le ventre de la base du pénis jusqu'au nombril, avant de taillader le sexe lui-même. « Alors vous voyez, l'opération se déroule en deux temps », me commente-t-il. « D'abord nous nous attaquons à la longueur en sortant les ligaments du pénis de l'os pubien, et ensuite on s'occupe de la circonférence ». À peine a-t-il achevé sa phrase qu'il tranche dans le pénis comme dans une pomme de terre pour le préparer. Je fais un effort colossal pour ne pas tourner de l'œil. « Ne vous inquiétez pas, cette opération n'est pas trop sanglante », reprend-il, « de toutes les façons je ne touche pas aux fonctions vitales d'éjaculation ou d'érection. On modifie simplement les dimensions. Je sors les ligaments qui maintiennent le sexe à l'os pubien et je les replace un peu plus bas. Ainsi, une partie erectile qui se trouvait dans le ventre se retrouve dehors, ce qui nous permet de gagner entre 2,5 et 5 centimètres, suivant la longueur du ligament. Le record est de 8 centimètres, mais c'est une exception ». Je l'observe s'activer sur ce qui était cinq minutes auparavant un pénis rose et en bonne santé. Le docteur se pousse quelques instants. L'entrejambe du bonhomme au petit zizi n'est plus qu'un amas de chairs pendantes comme ces lapins que l'on voit chez le charcutier. Surréaliste. Pourvu qu'il n'y ait pas un tremblement de terre ! Melvyn Rosenstein revient vers son patient avec un fil et une aiguille et commence à coudre dans la masse rougeâtre ! « Voilà, la première partie est terminée », me lance-t-il. Et, tel un couturier, il se saisit d'un centimètre pour mesurer le membre. « Il vient de gagner 1,5 inch (3,7 cm) ». Enchaînant le geste à la parole, il s'empare d'une aiguille gigantesque qu'il enfonce dans le ventre du patient pour une liposuccion. Les moteurs se mettent en marche et le flux de gras glisse dans le tube. « Maintenant je vais ajouter du gras autour du pénis pour lui donner 2 cm de circonférence de plus. Voilà, encore un peu, et c'est fini. On remet tout en place ». Il recommence à coudre. Effectivement, après 30 minutes de chirurgie, les changements étaient visibles à l'œil nu. Le pénis ressemblait à un salami.
MIEUX QUE DIX ANS D'ANALYSE
Ce virtuose du scalpel n'en est pas à sa première intervention du genre. Depuis deux ans environ qu'il s'est spécialisé dans cette matière, plus de 1 100 zizis ont défilé devant son bistouri et pas une seule plainte au California Board of Medical Examiners. « Ma liste d'attente est maintenant de 3 mois et elle s'allonge chaque jour. J'opère entre 50 et 60 personnes par mois, je ne peux pas plus. Ma méthode est sûre et indolore. Néanmoins, personne n'est à l'abri d'une classique complication post-opératoire, mais cela n'est jamais arrivé. Un jour, l'un de mes patients a ouvert les yeux, a regardé son sexe et m'a dit : “Docteur, en une heure vous avez plus fait pour moi que mon psychiatre en 10 ans d'analyse”. J'aide les hommes à mieux se sentir dans leur peau et je peux vous garantir par expérience que la taille du nez n'a rien à voir avec les dimensions de leur pénis ». Prix de son intervention magique : entre 30 000 et 40 000 francs.
Mais qu'en pensent les femmes ? Selon le meilleur spécialiste mondial de la question, le Dr William Masters (Masters & Johnson), « la taille du pénis n'influe pas sur les performances au lit ». Quant à June Reinisch du Kinsey Institute, elle a constaté dans ses sondages que les femmes attachent bien moins d'importance à la taille du pénis que leurs partenaires. À la question « quelle est la longueur d'un sexe en érection ? », les hommes ont répondu 20 cm et les femmes… 10 cm ! « Parfois des fous me téléphonent et disent : “ma femme veut me quitter, vite ajoutez-moi 10 cm !” Je ne traite pas ces cas ». Pourtant, l'urologue insiste sur un point : « le changement de la taille du pénis n'est pas pour la femme, mais à 100 % pour l'homme qui se sent plus sûr de lui et paradoxalement, les effets sont plus psychologiques que physiques car il s'imagine, à tort, que désormais, elles vont toutes se pâmer ». Or la psychologie féminine est bien plus compliquée que cela. D'ailleurs, le taux de divorce est aussi important chez les hommes « bien montés » (selon une expression typographique) que chez les « petits », prouvant à nouveau que la taille n'influe pas sur le bonheur d'un couple. Analyse confirmée par un urologue de l'Université de San Francisco, le Dr Tom Lue, pour qui « ces patients vont découvrir à leurs dépens qu'on ne séduit pas une femme avec ce que l'on a dans le pantalon » !
Certes.
Mais comme le remarquait le quotidien San Jose Mercury News, si on demande à 100 hommes de choisir entre A) la paix dans le monde et B) avoir un plus gros sexe, la réponse est à 100 % B !
Pierre
JOVANOVIC