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Introduction a la vie spirituelle sous MS-DOS)
Ni Saint François d'Assise, ni Sainte Gemma Galgani, et encore moins le Révérend Père François Xavier Schouppe, auteur de "L'Enfer" (description et comment l'éviter, publié en 1883, 500 pages !!), n'auraient imaginé que cet endroit mythique et tant craint à travers les siècles deviendrait le terrain de prédilection du jeu PC le plus populaire au monde et qui se disperse sur la planète à la vitesse de la lumière.
Et en vidant mon chargeur contre le Diable cornu qui vient de surgir dans le coin gauche de mon écran et dont le ventre, explosant sous mes balles, projette des flaques de sang jusque sur mon moniteur, je me disais que Doom II était non seulement le logiciel le plus fascinant qu'il m'ait été donné de voir à ce jour, mais aussi qu'il était l'illustration la plus parfaite de la "guerre spirituelle" dont nous parlaient les prêtres de notre enfance.
Le scénario est simple : le Diable et ses myriades d'Anges déchus se sont installés sur Terre, transformant celle-ci en… en… Enfer (bravo, vous avez gagné une image de Sainte Thérèse de Lisieux). Donc, votre mission, si vous l'acceptez, consiste à nettoyer la Terre de cette espèce surnaturelle particulièrement dangereuse et bien entendu meurtrière. "Plus méchant, tu meurs", pourrions-nous ajouter. Certes, la tâche n'est pas aisée. D'une part parce qu'au départ on ne dispose que d'un pistolet et d'autre part parce qu'il est impossible pour un humain d'affronter avec des armes conventionnelles une forme d'existence qui lui est supérieure.
Pour cela, les auteurs ont inclus dans le jeu un ensemble d'aides surnaturelles qui se résument par des élixirs de santé, des blindages surnaturels, des "esprits" protecteurs, des "supers-esprits", etc., qui, au fur et à mesure de votre avancée en Enfer (très high-tech l'Enfer, je ne le voyais pas comme cela) vous mettent en quelque sorte à l'abri des flammes diaboliques.
Progressivement d'ailleurs, la Divine Providence pose sur votre chemin des armes définitivement anti-conventionnelles comme une mitrailleuse au plasma (très efficace) ou le BFG-9000, sans aucun doute emprunté à l'Archange Saint-Michel (le premier, comme on le sait, à avoir vaincu le Diable) et qui permet d'effacer de la carte de l'Enfer et aussi du Purgatoire tous ces Esprits nauséabonds.
Dès lors, et convenablement armé, on se lance dans l'univers de DOOM, le seul jeu en "shareware" (écrit par 3 amateurs !!) qui ait rapporté plus d'argent que Sim City !
Les labyrinthes dans lesquels le joueur se déplace méritent à eux seuls un livre d'art, un mélange entre Jackson Pollock, les HLM de la Courneuve un lundi soir vers 22 heures, les ombres menaçantes du Bronx, la station de métro Châtelet et ce que devait être la ville de Munich au Moyen Âge. Sinistre et grandiose.
Bref, c'est noir, sombre, dépressif à souhait, surtout lorsqu'au coin d'une pièce, on rencontre soudain des mercenaires passés à trépas, armés jusqu'aux dents, des âmes perdues, des revenants revanchards, des élémentals verts, des démons effrayants, des Archotrons cybernétiques, des princes de l'Enfer, des spectres, et j'en passe pour finir avec le plus terrible de tous, le CyberDemon, dont la particularité consiste, entre autres, à lancer autant de sorts que de missiles.
Détail pratique : les Démons adorent les barils de déchets nucléaires (le soufre moderne ?) et les poubelles chimiques, éléments naturels de leur décor quotidien.
En clair, DOOM II est le jeu qu'il faut absolument voir, tester, toucher, essayer car c'est avant tout un chef-d'œuvre absolu de programmation, que ce soit pour la maîtrise spectaculaire de la 3D, de la vitesse de déplacement ou du réalisme.
Un seul conseil : ne l'installez pas sur votre PC de bureau, votre productivité en prendrait un sérieux coup car ce jeu est vraiment diabolique… Et chez vous, n'oubliez pas de vous asperger votre 486 ou Pentium d'eau bénite avant de partir au combat en Enfer.
Âmes sensibles, à éviter.
PS : 486 recommandé + Matériel multimédia pour les sons et la musique, exceptionnels.
Pierre
JOVANOVIC