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    Dédicace à PARIS samedi 27 juin 2026 Cercle Aristote 18 passage Dubail , 10e de 14h à 18h30 environ    
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quotidien de paris

[ Quelques articles écrits soit dans le Quotidien de Paris (80%), soit sur le système Missive de France Câbles et Radio, entre 1991 et 1996. Notez que le protocole de courrier électronique de l'époque n'acceptait pas les accents (NOTE: ils ont été reaccentués par l'IA de Deep Seek en juin 2026). Ils sont livrés ici tels quels, sans SR et certains sans accents, à titre de documents historiques, et aussi pour retrouver l'ambiance des années 90 ]



Date fichier : 24 OCT 1993

MEL BROOKS: IL FAUT LIMITER LE NOMBRE D'ECRANS AMERICAINS

Étonné que certains pays diffusent dans leurs salles à écrans multiples des films à 90% américains, le célèbre acteur et réalisateur de films comiques propose une solution originale pour préserver les productions cinématographiques européennes et explique, sérieusement pour une fois, au Quotidien pourquoi les films du "vieux continent" ont du mal à percer sur le territoire américain.

mel brooks interview en français


LE QUOTIDIEN : Quelles sont, selon vous, les principales différences entre les industries du cinéma américain et européen ?

MEL BROOKS : Aux États-Unis on ne se préoccupe pas de l'art. L'art n'a aucune importance. Les Américains ne se préoccupent que de l'argent. Si le film, par bonheur, est aussi artistique, c'est juste un "lucky bonus". En Europe, les réalisateurs racontent des histoires intimistes qui sont uniques, intéressantes et avec art. Ils ont toujours le sens artistique, le sens du positionnement de leur œuvre dans un contexte artistique. Aux États-Unis en revanche, on ne trouve que la trame "voilà ce qui se passe". On décrit. Pourquoi ? Parce que le marché américain n'est concerné que par un seul mot "profit" et tous les films passent par le tamis "argent et profit". Je suis très heureux de gagner de l'argent avec mon film "Robin Hood, The Men in Tights" mais néanmoins, je continue à réaliser mes films avec un œil européen. J'ai fait "Chienne de vie" par exemple à contre-courant puisque c'est l'histoire d'un riche qui devient pauvre. Ce fut un échec ici. Les Américains ne s'intéressent pas aux clochards ! En revanche, il a eu beaucoup de succès en France et surtout en Italie où il est resté premier au hit-parade pendant 6 semaines.

Q : Mais pourquoi alors les films français ont-ils tant de mal à percer sur le marché américain ?

M.B. : Parce qu'ils sont en V.O… Les Américains ne sont pas habitués à lire les textes en bas de l'écran. Ils n'aiment pas ça. Cela ne les intéresse pas. C'est le problème numéro 1. Si le film "Nikita" avait été réalisé en anglais, il aurait fait des millions de dollars ici, même avec les excellents acteurs français. Mais en français, avec les sous-titres… Ils donnent l'impression aux Américains de retourner à l'école. Ils ne veulent pas qu'on les prenne pour des enfants. Si les Européens voulaient créer une surprise, il leur suffirait de tourner leurs films en anglais, ou bien de doubler immédiatement au fur et à mesure du montage. Les Italiens l'ont bien compris, puisqu'ils tournent sans son, et doublent ensuite. Regardez les Anglais. Leur problème est l'opposé des Français puisqu'ils n'ont plus de films. Et ça, ce n'est vraiment pas la faute des Américains.

Q : Alors que pensez-vous des Européens qui hurlent en ce moment, accusant les Américains de les envahir avec leurs films "fast-food" et de détruire leur culture ?

M.B. : C'est un débat très sérieux. Les deux ont raison. Les Américains sont trop radins. En même temps, ils ont trop faim… (rires), ils veulent trop d'argent. Par conséquent, ils monopolisent pratiquement tous les écrans. Ils pourraient gagner autant d'argent sans gêner les Français. Ils pourraient s'asseoir avec les Français ou la CEE et leur dire : "Écoutez, on prend 80% de vos écrans. Mais nous n'avons besoin que de 60%. De cette manière, on n'interfère pas avec votre industrie". Les Américains devraient laisser 20% de leurs écrans aux productions locales, de manière à offrir aux jeunes spectateurs parisiens par exemple un choix plus vaste devant une salle de cinéma à écrans multiples.

Q : Vous êtes sérieux ?

M.B. : Oui, je pense que si les Européens se mettaient d'accord avec les USA pour limiter le nombre d'écrans diffusant des films américains, nous n'aurions pas de problèmes majeurs. Jurassic Park ne devrait pas monopoliser 500 écrans français. Il suffit de le projeter dans moins de salles et de le laisser à l'affiche plus longtemps. Le résultat financier sera le même. De plus, cela laisserait plus de place et serait bénéfique aux productions nationales. Le film français par exemple est sur la pente descendante. Il y a quelques années, on recevait une production nombreuse et surtout très créative. Aujourd'hui, on les compte. La quantité et la qualité ont terriblement baissé. Dans certains pays, des cinémas possèdent 25 écrans, monopolisés à 90% par des films américains !! Ils devraient réserver au minimum 5 écrans pour les films européens. Toujours… Cela devrait être illégal. La solution la plus logique consisterait à réserver 10 écrans sur 25 aux films locaux. Cela réglerait bien des problèmes.

Propos recueillis a Los Angeles par Pierre JOVANOVIC

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