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    Dédicace à PARIS samedi 27 juin 2026 Cercle Aristote 18 passage Dubail , 10e de 14h à 18h30 environ    
Titre PJ 2021
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quotidien de paris

[ Quelques articles écrits soit dans le Quotidien de Paris (80%), soit sur le système Missive de France Câbles et Radio, entre 1991 et 1996. Notez que le protocole de courrier électronique de l'époque n'acceptait pas les accents (NOTE: ils ont été reaccentués par l'IA de Deep Seek en juin 2026). Ils sont livrés ici tels quels, sans SR et certains sans accents, à titre de documents historiques, et aussi pour retrouver l'ambiance des années 90 ]



Date : 30 DEC 1993

EXCLUSIF: DASSAULT ET LE GIATT, CIBLES DE LA CIA

Poussee par les industriels americains, la CIA mene une campagne de presse sans precedent contre la France et son industrie militaire. Pourtant, lorsque Israel est pris la "main dans le sac", curieusement la presse americaine se garde de trop couvrir l'evenement. Recit d'une desinformation tres "haute technologie".

ESPIONNAGE DE DASSAULT PAR LA CIA


ENQUETE AUX ETATS UNIS DE NOTRE CORRESPONDANT PIERRE JOVANOVIC

« Je ne vais certainement pas aller exposer au Bourget… Pour me faire espionner par les Français ? Pas question. » Cette réflexion de Jack Singelton, président d'une PME qui travaille dans le secteur de l'électronique aéronautique, illustre la paranoïa qui s'est emparée des patrons américains. Une couverture de presse sans précédent a réussi à imposer dans la tête des décideurs yankees l'idée que les Français savent faire autre chose que des parfums et des cuisiniers. Et pour retrouver une campagne de presse semblable, on doit remonter aux années 70 lorsque l'industrie aéronautique américaine, découvrant le Concorde, a réussi à lui interdire le survol de son territoire, soi-disant parce que l'avion était trop bruyant. « À chaque fois que les Américains estiment que les Français les gênent dans un domaine, ils organisent avec leurs services de renseignement des campagnes de presse, campagnes auxquelles ces idiots de Français ne savent même pas répondre », remarque un diplomate allemand en poste aux États-Unis.

Cette fois-ci, les cibles semblent être claires et précises : les industries françaises de l'aéronautique et de l'électronique militaire qui gênent non seulement les Américains à l'export, mais aussi Israël. Et Dassault et le GIAT sont les cibles prioritaires de cette campagne de presse destinée à les discréditer, à défaut de prouver que le Mirage 2000 ou le char Leclerc sont techniquement inférieurs aux F-15 ou aux Abrams. D'ailleurs, ni la CIA, ni le FBI n'ont pris la « main dans le sac » des espions français, ce qui aurait en partie justifié une telle couverture de presse.

En revanche, lorsque trois officiers israéliens sont, eux, pris la main dans le sac en train de voler, au sens propre du terme, des documents contenant des secrets industriels militaires américains, on ne retrouve pas une couverture de presse semblable. Pire, lorsque la société victime de l'espionnage israélien est obligée de licencier 200 personnes (sur 1000), conséquence directe du vol, on ne trouve aucune trace dans les autres journaux américains hormis le quotidien local, le Chicago Tribune. Rien sur l'affaire ni dans le Washington Post, ni dans le Los Angeles Times. Le Quotidien a vérifié même dans le Miami Herald (le quotidien de Floride qui a reçu la lettre anonyme contenant la liste prioritaire des entreprises et administrations américaines soi-disant visées par la DGSE) et, surprise, on trouve bien un article sur cette affaire, un seul, mais titré « ISRAEL DENIES SPY CAMERA THEFT ».

Le Miami Herald s'était bien gardé d'envoyer un journaliste à Barrington, une grande banlieue de Chicago, pour enquêter chez Recon-Optical Inc : il a simplement « collé » la dépêche envoyée sur le fil par le correspondant de l'Associated Press à Tel Aviv ! Quant à l'article, il explique simplement que le ministre de la défense israélien dément toute participation dans le vol des plans d'une caméra-espion développée par une firme de l'Illinois, sans autres précisions. Curieux pour une véritable affaire d'espionnage, d'autant que les membres du service de sécurité de Recon-Optical ont découvert dans les sacoches et mallettes des trois Israéliens 50 000 pages (!) de documentation technique (électroniques, logicielles et télémétriques) d'une caméra de reconnaissance aérienne top secret capable de photographier au sol le visage d'un homme, éclairé par sa seule cigarette, à 160 kilomètres d'altitude !! Rôle du Mossad : transmettre ces plans à une compagnie israélienne afin qu'elle puisse les fabriquer elle-même.

Et si le ministre israélien de la défense nia à l'époque toute participation de ses services dans cette affaire (dixit la dépêche de l'AP publiée par le Miami Herald), cela ne l'a pas empêché en 1993 de payer (discrètement) rubis sur l'ongle 3 millions de dollars (environ 18 millions de francs) de dommages et intérêts à la société Recon-Optical, à condition que celle-ci retire sa plainte. Eh oui, il y avait même une plainte devant la Justice. Mais nulle trace de cet arrangement dans le Miami Herald. On ne trouve que 6 lignes dans le magazine « Time » du 22 février 1993.

« Il est clair que cette campagne de presse arrange aussi bien les Américains qu'Israël », commente un ingénieur français. « Lorsque la France vend des avions et/ou des chars à des pays arabes à la barbe et au nez des Américains, on met en colère aussi bien Israël que les États-Unis. Il semble que nos résultats à l'export les aient ulcérés. On peut parer une attaque. Mais menée par deux pays, cela devient difficile et il semble que maintenant les Anglais aient, eux aussi, des comptes à régler » (allusion aux révélations du quotidien « The Independent » du 19 mai 1993 accusant la DGSE d'espionner les industries aéronautiques britanniques).

« Vous savez, ce que les Américains détestent le plus, » explique au Quotidien un cadre de General Dynamics, « c'est perdre de l'argent. Lors du “marché du siècle” (marché remporté en Belgique en 1975 par General Dynamics avec les F-16), presque chaque matin j'avais sur mon bureau des notes secrètes du ministère de la défense français. Parfois on avait aussi des notes du ministère belge. On devait les faire traduire. C'était très pratique parce que les deux pays utilisaient la même langue. Je n'ai jamais su comment ma compagnie ou la CIA arrivait à obtenir ces notes classifiées et je préfère encore aujourd'hui ne pas le savoir. La CIA avait très bien fait son travail pour empêcher les Français de vendre leurs Mirages. À Paris, on avait même poussé le luxe jusqu'à engager comme “consultant” un général d'aviation à la retraite qui nous a aidé dans les traductions parce que c'était des terminologies extrêmement complexes. J'avais appris plus tard que ce général a été “poussé” sous un bus quelque mois après. »

Alors pourquoi la CIA mène-t-elle aujourd'hui cette campagne de presse accusant Paris de tous les maux alors qu'elle-même n'a jamais hésité à espionner les sociétés françaises ? Idem pour les Britanniques qui, eux non plus, n'avaient pas hésité à essayer de brouiller sur le sol français (sic) toutes les démonstrations du RITA (système de téléphones militaires à technologie cellulaire de Thomson). La réponse semble bien se trouver dans le bureau du nouveau patron de la CIA, R. James Woolsey, qui a dit : « avec la fin de la guerre froide, la CIA doit entrer dans l'ère de l'espionnage économique ». En langage d'espion, cela veut dire que désormais la CIA rendra beaucoup de services aux entreprises américaines qui prendront la peine de lui demander un « coup de main » aussi bien en contre-espionnage qu'en espionnage pur. Mais le discours de Woolsey est surtout destiné à faire passer en douceur le budget de la CIA, budget qui a divisé les sénateurs en deux camps. Le premier, mené par le sénateur démocrate (et ancien militaire/astronaute) John Glenn de l'Ohio, soutient Woolsey en affirmant que « compte tenu de la période de changements et d'incertitudes géopolitiques actuelles, le pays a plus que jamais besoin d'un système de renseignement parfait, doté d'un budget robuste ». Le second en revanche entend que Bill Clinton maintienne ses promesses, à savoir une coupe de 1 milliard de dollars en 1993 et 4,7 milliards d'ici 1997. Le patron de la CIA, soutenu par la moitié des sénateurs du Congrès, a sans doute pensé que quelques preuves de l'espionnage français, grimpant comme le lierre, convaincrait l'autre moitié. Et franchement, quel député français aurait imaginé que la DGSE disposait d'autant de moyens financiers pour espionner une centaine de cibles dont la moitié ne présente qu'un intérêt franchement mineur comme par exemple les compagnies d'assurances américaines ou, plus drôle, le Fonds Monétaire International… Pourquoi pas le couvent des dominicains de Malibu Hills ? En tout état de cause, l'opération de désinformation a très bien fonctionné puisque même l'« American Banker » s'est alarmé de cette invasion de « french spys » et met en garde les institutions financières contre la France. Bravo à la CIA.

Pierre Jovanovic.

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